Matthieu Sahakian - « Mener de front une activité professionnelle et associative, en Arménie »
[7 janvier 2024] - Propos recueillis par Achod Papasian

Depuis sa première expérience de volontariat en 2017, Matthieu Sahakian a fait un sacré bout de chemin en Arménie. Actuellement directeur commercial d’une entreprise arménienne de software en plein essor, il gère également les actions de « All for Armenia », une ONG qu’il a cofondée avec Araz Kekejian pour venir en aide aux populations vulnérables, notamment dans le Syunik. Rencontre avec un jeune homme dynamique et engagé.

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Comment et quand est née votre relation avec l’Arménie ?
Matthieu Sahakian : Le déclic a eu lieu en 2016, au moment de la guerre des Quatre jours. Je me suis dit : « Si ça avait duré plus longtemps, qu’est-ce que j’aurais pu faire de toute façon ? » Il faut savoir qu’à l’époque, ma relation avec l’Arménie et la communauté arménienne était quasiment inexistante. Et j’ai pensé que si cela se reproduisait, j’aimerais pouvoir prêter main forte. Au même moment, je suis tombé sur un flyer de Birthright Armenia à la Maison des étudiants arméniens de Paris, que j’ai gardé près de moi pendant plusieurs mois. Et juste après avoir fini mon Master, je me suis envolé pour l’Arménie. J’ai fait mon service volontaire avec Birthright pendant un an, à Erevan et à Gumri.

Après votre année de volontariat, vous avez décidé de rester et de commencer votre carrière professionnelle en Arménie...
M.S. : En fait, je vis entre l’Arménie et le reste du monde, car le secteur dans lequel je travaille requiert de voyager fréquemment. Mon passeport français est un atout pour créer des connexions avec l’étranger. Vu la configuration de l’Arménie – enclavée et avec un blocus de 80 % de ses frontières – les jeunes professionnels de la diaspora qui parlent plusieurs langues et qui ont la mentalité « réseau » peuvent jouer un grand rôle dans le développement du pays en créant de nouveaux débouchés pour les produits arméniens. L’avantage des IT, c’est que c’est un domaine dématérialisé qui ne dépend pas de la logistique et qui n’est donc pas impacté par l’enclavement de l’Arménie. Et tous les clients qui utilisent un logiciel arménien ne peuvent que souhaiter – consciemment ou inconsciemment – du bien et de la stabilité à l’Arménie, puisque c’est là où est la maison mère qui gère le logiciel sur lequel repose leur stratégie commerciale.

Comment a débuté l’aventure associative « All for Armenia » ?
M.S. : « All for Armenia » s’est constituée spontanément au début de la guerre de 2020 autour d’un noyau de volontaires et d’Arméniens de la diaspora qui se sont installés en Arménie. Au départ, c’était une initiative en notre nom, avec l’argent envoyé par nos familles et nos amis, pour acheter et livrer nous-mêmes de l’aide humanitaire aux réfugiés. Après la guerre, l’organisation est passée de l’urgence humanitaire à des projets à plus long terme. Car à force de parcourir le Syunik, nous avons développé – sans nous en rendre compte – une expertise et un réseau de personnes de confiance dans un grand nombre de villages. Et c’est aussi comme ça qu’est né le projet « KorniTun ». Pendant la guerre, nous utilisions une maison à moitié en ruines comme dépôt, dans le village de Kornidzor. Et petit à petit, on s’est mis à la rénover, grâce notamment au soutien de l’association AYO, et elle est devenue notre base pour nos actions de développement rural dans la région. Actuellement, « KorniTun » abrite des salles de classe et de réunion au rez-de-chaussée, et des chambres d’hôtes à l’étage. Nous sommes un peu devenus les ambassadeurs de ce village et notre ambassade, c’est « KorniTun ».

Quels sont les principaux axes de votre action dans le Syunik ?
M.S. : Notre action s’articule autour de cinq axes, dont la pièce maîtresse est « KorniTun ».
Le premier, c’est la rénovation de maisons afin de reloger les réfugiés d’Artsakh dans la région, ce qui nous permet, par la même occasion, de créer des emplois. Le second axe est éducatif. Nous proposons aux enfants du village des cours de programmation, des cours qui n’existent même pas à Goris et qui attirent des enfants de toute la région ! Et pour les adultes, nous prévoyons de donner des cours sur la gestion de l’eau dans l’agriculture. Le troisième axe, c’est de continuer à soutenir l’atelier de couture « Made in Syunik » que nous avons contribué à fonder en 2021, en partenariat avec le Centre Culturel Francophone de Goris. Depuis deux ans, l’atelier emploie six femmes de Goris et d’Artsakh à temps partiel. Une partie des draps, des couvertures et des vêtements que nous fournissons aux réfugiés est le résultat de commandes que nous passons à l’atelier. Le quatrième aspect de notre action est médical. Nous avons récemment conclu un partenariat avec Santé Arménie pour que leurs intervenants puissent utiliser « KorniTun » pour donner des formations, par exemple en réanimation ou en premiers secours. Enfin, le cinquième axe est l’aide humanitaire régulière que nous fournissons aux familles déplacées.
Toutes ces actions s’inscrivent dans un projet global que nous avons appelé « Reconstruire les communautés ». Car s’il y a une région stratégique qui mérite tout notre soutien à l’heure actuelle, c’est bien le Syunik.

Toutes les infos sur : www.allforarmenia.org

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