Couraje

Phonéthon 2026, du 19 au 22 novembre

je soutiens le développement de l’Arménie

La 27e édition du Phonéthon du Fonds Arménien de France, parrainée par Christian Makarian.

Infographie « Phonéthon 2026, résolument tourné vers l’avenir » : les actions du Fonds Arménien de France en chiffres (semis et semences, arbres fruitiers, déplacés d’Artsakh, apiculture, eau potable et irrigation, ferme de Lusadzor, éducation et formation, serres et motobineuses, panneaux solaires, jeunes Arméniens du Liban)
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Parrain du Phonéthon 2026

Christian Makarian : « Cessons de douter, investissons ! »

Portrait de Christian Makarian, lunettes et veste sombre, souriant, le menton appuyé sur la main
© D.R.

Avec Christian Makarian pour parrain de sa vingt-septième édition, le Phonéthon 2026 s’inscrit sous le signe des enjeux géopolitiques internationaux. Écrivain, journaliste et politologue spécialiste des relations internationales, Christian Makarian est une figure incontournable du paysage médiatique français, apportant depuis plus de quarante ans sa grille de lecture de l’actualité et de l’histoire. Présent chaque matin sur les ondes de Radio Classique avec sa chronique « L’Écho du monde », il intervient régulièrement dans « 24 h Pujadas », l’émission phare de LCI, ainsi que dans divers débats d’actualité à la télévision. L’occasion pour nous d’en savoir plus sur sa relation à l’Arménie, son analyse de la géopolitique régionale et les raisons de son engagement aux côtés du Fonds Arménien de France.

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Comment s’est construite votre identité arménienne ?

Christian Makarian : Je suis né à Marseille, dans une famille arménienne. J’ai très bien connu mes grands-parents qui m’ont en partie élevé, ce qui m’a donné le sens de la langue, mais aussi une inclination naturelle vers tout ce qui est international. Mon attachement à l’Arménie était charnel, intimement lié à l’amour de mes grands-parents. Je me suis efforcé de comprendre pourquoi ce lien était si profond, si émouvant, si déchirant parfois. Cela tenait, je crois, au destin de ce peuple qui a éclaté en des centaines de milliers d’individus, où chaque Arménien s’est trouvé dépositaire d’une parcelle infime de ce territoire, de ses mœurs, de ses coutumes et de sa foi.

« Sans retour possible » était écrit sur les documents d’identité turcs de mes grands-parents, et de milliers d’autres Arméniens : c’est ce qui les a obligés à se tourner vers un avenir meilleur. Et c’est dans la perspective d’un avenir meilleur que doit s’inscrire notre soutien au Phonéthon. Pour moi, cet événement porte un immense espoir de reconstruction : pour bâtir, nous avons besoin de pierres, et chaque individu peut apporter la sienne.

Quelle relation entreteniez-vous avec l’Arménie avant son indépendance ?

C.M. : Avant 1991, l’Arménie incarnait pour nous une forme d’étrangeté appartenant à l’immensité glacée de l’URSS. Cependant, cette altérité m’est très vite apparue comme une facette importante de l’identité arménienne. Je voyais arriver d’Erevan des cousins – du côté maternel et paternel – qui parlaient un autre arménien, chargé de mots russes, qui s’habillaient complètement différemment et apportaient de grosses boîtes de caviar qui ne coûtaient presque rien là-bas. Cet univers singulier me fascinait.

À l’époque, nous recevions par la poste « La Voix de la patrie* », un hebdomadaire de propagande soviétique destiné à la diaspora : c’est ce journal qui m’a initié à la lecture de l’alphabet. Et c’est en fréquentant l’école du dimanche à l’église de Beaumont que j’ai appris la langue arménienne, dans des manuels illustrés avec des cigognes perchées sur des montagnes aux neiges éternelles, un univers fort différent de celui de l’école de la République, mais que je trouvais captivant. Grâce à ma famille éloignée, j’ai pu me rendre une première fois en Arménie, où je suis retourné de très nombreuses fois depuis.

Qu’est-ce qui vous a frappé lors de votre visite sur place ?

C.M. : J’ai eu beaucoup de mal à reconnaître la population. Les Arméniens, réputés habiles, commerçants et ouverts aux échanges, avaient été dénaturés par le régime soviétique. Ils avaient cessé de communiquer pour être enfermés ; ils avaient cessé de commercer pour être de simples exécutants dans des usines. Or, cette production industrielle n’avait de sens que dans l’ensemble de l’économie soviétique ; sitôt que l’URSS s’est effondrée, on a vu qu’elle ne répondait pas aux intérêts propres de l’Arménie.

Il faut néanmoins reconnaître l’importance du legs historique soviétique : la Russie a permis à l’Arménie de survivre et de se développer. De la conquête tsariste, dans la décennie 1820, à la chute de l’URSS en 1991, l’Arménie a expérimenté à fond ce rattachement. Mais de toute évidence, ce n’est plus sous son influence qu’elle peut s’épanouir pleinement. Le déploiement des États-Unis dans la région par le biais du projet TRIPP permettra peut-être à l’Arménie de redevenir ce carrefour d’échanges qu’elle a toujours été. Mais tout cela reste un pari, et personne ne peut aujourd’hui affirmer avec certitude qu’il soit gagné.

Comment décririez-vous la situation actuelle de l’Arménie ?

C.M. : Je pourrais vous dire que l’Arménie se trouve dans une configuration très inconfortable. Mais je préfère le raisonnement inverse : l’Arménie dispose d’atouts extraordinaires. Sa position géographique lui donne un poids considérable qu’elle doit être capable de valoriser pour influer sur les grands équilibres mondiaux. Elle est au croisement d’un axe Nord-Sud reliant la Russie au Moyen-Orient, et d’un axe Est-Ouest dont la Chine a besoin pour commercer avec l’Europe par voie terrestre.

Malgré toutes les tentatives pour la contourner, c’est toujours l’Arménie qui détient la clef des grands projets de communication régionaux. Il est donc impératif qu’elle continue de diversifier ses partenaires – comme elle le fait par exemple en achetant des armes à l’Inde et à la France – sans pour autant tourner le dos à la Russie, ce qu’elle ne doit absolument pas faire.

Dans cette configuration, quelle approche l’Arménie doit-elle adopter ?

C.M. : Il est essentiel que les Arméniens renouent avec leur talent originel : celui de communiquer, d’échanger. L’Arménie doit se désenclaver géographiquement, physiquement, mentalement et idéologiquement. C’est un pays qui partage les valeurs européennes, ce qui le rapproche politiquement et culturellement de l’Europe. Ce rapprochement ne plaira pas aux Russes, nous le savons. Il faut donc procéder avec une immense précaution et éviter toute forme de provocation, de brutalité ou de renoncement au passé.

Les liens entre l’Arménie et la Russie sont tellement intenses qu’il serait absurde de tirer un trait dessus. Mieux vaut privilégier la continuité plutôt que de procéder par rupture. Il peut y avoir une continuité dans l’appartenance européenne, comme il peut y avoir une continuité de l’amitié avec la Russie. Cela s’appelle bâtir une diplomatie.

Quel regard portez-vous sur l’action menée par le Fonds Arménien de France ?

C.M. : J’ai des relations personnelles avec certains responsables du Fonds, des gens extraordinairement motivés, beaucoup plus méritants et valeureux que moi dans l’action ! Ils ont tracé une voie très juste et très belle, une voie qui consiste à donner un contenu concret au sentiment d’appartenance.

Vous connaissez le proverbe : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. » Je pense que notre amour, notre fraternité doivent s’exprimer à travers des projets concrets. L’Arménie a besoin de réseaux d’adduction d’eau, d’un système de santé modernisé, d’une révolution agricole... Beaucoup de progrès ont été accomplis dans ces différents domaines, notamment grâce au Fonds Arménien, et cette édition du Phonéthon peut contribuer à donner encore plus d’ambition et d’ampleur à tous ces projets.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux donateurs ?

C.M. : Cessons de douter, arrêtons d’avoir peur : investissons ! Investissons, car ce que la diaspora apporte à l’Arménie est unique au monde. Aucun des adversaires de l’Arménie ne dispose d’une carte maîtresse aussi importante. Le Phonéthon est une initiative unique qu’il faut alimenter par nos dons, notre engagement et, au-delà de l’aspect financier, par l’expression d’une valeur bien plus élevée : la fraternité.

* « Hayréniki Dzayn », publié à partir de 1965.

Fonds Arménien de France

Le grand bond en avant de 2025-2026

Cinq personnes debout au bord d’une plantation d’asperges, devant de vastes champs verts vallonnés
© Olivier Merlet

Après avoir fait face aux urgences nées de la perte de l’Artsakh et de l’exode massif de ses habitants, en 2023, le Fonds a pu renouer, en 2025, avec ses grands ouvrages, au service du développement économique des villages reculés. Retour sur une année charnière et cap sur l’avenir.

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Le Fonds Arménien de France a tenu son assemblée générale annuelle le 14 juin 2026. Le rapport d’activité du président a relevé comme évènement le plus marquant de l’exercice 2025 le lancement, en septembre, des travaux de rénovation du canal de Spandaryan (36,4 km), dans le Syunik, en présence notamment de l’ambassadeur de France en Arménie, Olivier Decottignies. Le Fonds renoue ainsi avec les grands projets d’infrastructures auxquels il avait dû renoncer depuis 2020, à cause de la perte de l’Artsakh et de la nécessité de répondre aux urgences nées de l’afflux de réfugiés en Arménie.

Lorsque ce nouveau chantier sera terminé, quelque 2 800 ha de terres supplémentaires pourront être irriguées, soit une hausse d’environ 7 % des superficies irriguées au Syunik, au bénéfice de quelque 4 350 personnes. Un impact socio-économique très important donc, pour un coût relativement modeste d’environ 8 millions d’euros. Le Fonds Arménien mondial « Hayastan » et le Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU participent aux travaux et au financement. L’achèvement de la première moitié des travaux est prévu pour l’automne 2026.

L’impact des grands chantiers

Ces grands chantiers (comme ceux des routes construites naguère) sont significatifs non seulement du fait de leur impact socio-économique de long terme, mais aussi par le message qu’ils adressent aux populations locales et aux donateurs/donatrices. Aux premières, ils apportent bien sûr l’espoir d’une transformation importante de leurs conditions économiques et la promesse d’un bien-être supplémentaire ; aux seconds, ils montrent la capacité du Fonds à réaliser de grands travaux susceptibles de mobiliser des moyens humains et financiers substantiels.

Collectivités territoriales

L’assemblée générale a défini l’élargissement de la coopération avec des collectivités territoriales françaises comme l’un des axes importants de travail pour les années à venir. Une cinquantaine de collectivités ont fait des dons au Fonds ces cinq dernières années. La part des subventions publiques dans les recettes du Fonds est encore très faible : de l’ordre de 15 % seulement.

L’assemblée a relevé avec satisfaction que lors de sa visite d’État en Arménie, le 4 mai 2026, le président de la République, Emmanuel Macron, a cité le travail « essentiel » mené par le Fonds Arménien de France dans « les villages frontaliers d’Arménie ». Il a estimé que cette action faisait partie intégrante de « la trame des relations bilatérales » tissée au fil des ans entre la France et l’Arménie.

La longue et fructueuse coopération avec les Hauts-de-Seine au Tavush offre un bel exemple à suivre. Des projets importants, notamment dans le domaine de l’eau, ont été lancés avec d’autres collectivités françaises, en particulier celles du Sud. Cet axe de travail est donc très prometteur pour les années à venir.

Les projets « écoles »

2025 a été marquée aussi par l’inauguration de l’école de musique de Sevan, une ville qui a tant besoin d’aide pour se développer. Cette réalisation a été rendue possible grâce à des legs. L’auditorium porte le nom de notre regretté Edouard Manoukian, un membre fondateur du Fonds Arménien de France, grand donateur et longtemps président de la Région Centre du Fonds. Des legs reçus récemment vont aussi permettre de construire deux écoles maternelles dans la province de Guegharkunik. C’est l’une des régions les plus pauvres d’Arménie, frontalière de l’Azerbaïdjan, et l’aide apportée à sa population est très appréciée.

Agritourisme et enseignement

Au nord-ouest de cette province, dans le Tavush, où un grand programme de développement agropastoral est mené avec le soutien des Hauts-de-Seine, la nouveauté de 2025 a été le lancement du développement de l’agritourisme, à la demande de la préfecture de cette province. Les douze premiers bénéficiaires ont déjà été retenus ; ils devraient être trente d’ici fin 2027. Il s’agit d’une nouvelle voie d’action qui, si elle remplit ses promesses, pourra être dupliquée dans d’autres provinces.

Toujours au Tavush, c’est avec satisfaction que le Fonds a commencé à rouvrir des classes de l’ex-EPYM de Shushi au lycée professionnel Patrick Devedjian d’Idjevan. Un nouveau terrain de sport va être construit et les élèves-apprentis du lycée seront ravis de pouvoir y jouer au basket et au volley très bientôt. La ferme d’élevage et de production de fromage de Lusadzor, qui se trouve à 6 km de là, est devenue maintenant une « ferme école », car elle sert aux travaux pratiques du lycée (élevage, fabrication de fromage, agriculture en serre, mécanique agricole, etc.) et à des stages de formation de paysans et éleveurs des alentours.

Aide aux déplacés d’Artsakh

La rénovation de maisons rurales, pour des familles déplacées de l’Artsakh, se poursuit. On en est à environ 94 réalisations à ce jour. Dans la quasi-totalité des cas, les maisons ainsi rénovées sont dotées d’équipements agricoles et de serres, si le terrain s’y prête, afin d’aider ces familles à reprendre une activité et à subvenir de la sorte à une partie de leurs besoins.

De nouvelles perspectives

En Arménie, de nouvelles tâches sont devenues nécessaires par l’avancée du programme de développement agricole. En effet, grâce à la distribution d’énormes quantités de plants d’arbres fruitiers (environ 725 000 à ce jour), de plants de légumes (plus de 23 millions), la création de près de 250 serres, la fourniture d’environ 700 tonnes de semences et la construction de réseaux d’irrigation, le tout accompagné de dizaines de stages de formation, qui sont de plus en plus appréciés des bénéficiaires, la production agricole augmente. Des dizaines de milliers de familles en profitent.

Il faut maintenant accompagner les agriculteurs dans la logistique, la transformation, la conservation et la commercialisation de leurs productions. Il faut aussi, là où cela est nécessaire, susciter et accompagner (notamment par des stages de formation aux méthodes de gestion) la création de coopératives, un concept auquel les agriculteurs arméniens étaient réticents jusqu’à récemment (cela leur rappelait les kolkhozes soviétiques…), mais auquel ils adhèrent de plus en plus.

Bédros Terzian
Président du Fonds Arménien de France

Canal de Spandaryan

Histoire d’un chantier devenu un maillon de la coopération entre la France et l’Arménie

Pelleteuse et ouvriers bétonnant le lit du canal de Spandaryan, observés par des visiteurs sur le chantier

La rénovation du grand canal de Spandaryan, long de 36,4 km, dans le sud de l’Arménie, occupe une place importante dans la coopération franco-arménienne. La France s’y intéresse directement, car cet ouvrage permettra à l’agriculture de la province stratégique du Syunik d’opérer un grand bond en avant. Voici comment ce projet est né et s’est développé.

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Un ambassadeur de France, cinq ambassadeurs d’Europe

En faisant ses adieux à l’Arménie, Olivier Decottignies, qui terminait sa mission comme ambassadeur de France, a posté le 4 septembre dernier sur les réseaux sociaux un clip mentionnant quelques-unes des étapes et des réalisations significatives qui ont marqué ses trois années d’activité dans ce pays. Des années particulièrement riches où, sous sa houlette, la coopération franco-arménienne a franchi une étape majeure d’approfondissement et de développement, dans tous les domaines. Au nombre des sujets mentionnés dans ce clip figurait la cérémonie de lancement des travaux de rénovation du canal de Spandaryan, dans le Syunik, à laquelle il avait participé, pelle à la main. C’est dire l’importance de ce projet dans les relations qui lient la France à l’Arménie.

Moins de trois semaines plus tard, et dans le même esprit, à l’invitation du nouvel ambassadeur de France en Arménie, Florian Escudié, cinq ambassadeurs européens en poste à Erevan (Allemagne, Lituanie, Pays-Bas, Suède et Union européenne) ont visité le chantier du canal, le 22 septembre, et pris la mesure de l’impact attendu de cet ouvrage sur l’essor de l’agriculture de la région.

Ambassadeurs européens en costume sur le chantier du canal, devant un plan du projet posé sur un chevalet
Florian Escudié, nouvel ambassadeur de France en Arménie et cinq ambassadeurs européens en poste à Erevan ont visité le chantier du canal, le 22 septembre. © Fonds Arménien

Il est vrai que, dès l’implication du Fonds Arménien de France dans le Syunik, la remise en service de cette infrastructure nous est apparue comme très riche en promesses : 2 800 ha pouvaient être irrigués à nouveau, si le canal était non seulement rénové, mais aussi prolongé dans les terres par des réseaux secondaires. 2023 et 2024 ont été consacrées à des visites de l’ouvrage, pour dresser un état des lieux, puis étudier la faisabilité technico-économique de la rénovation. Entre-temps, nous avons provisionné 1 million d’euros, grâce aux recettes du programme de prélèvements mensuels « L’Arménie, tous les mois » et des Phonéthons.

Très vite, grâce à un financement du ministère français des Affaires étrangères, le Programme alimentaire mondial (Pam) des Nations unies s’est engagé à participer au projet et, à cet effet, a procédé par avance à l’acquisition de ciment et de tuyaux.

Mais comment faire ? Le Fonds Arménien de France ne disposait pas des 8 millions d’euros nécessaires pour mener à bien le projet. C’est alors que nous nous sommes lancé un défi : commençons par rénover non pas en partant du début du canal, c’est-à-dire du km 0, mais de son tronçon le plus rentable, celui qui peut permettre, avec le moindre coût, d’irriguer le maximum de terres, et qui va du km 10,9 au km 18,7. C’est ainsi qu’en septembre 2025, nous avons lancé les travaux de rénovation de cette partie. Pour un peu plus de 1 million d’euros, elle peut irriguer jusqu’à 1 400 ha, soit la moitié de la superficie totale prévue !

Le Fonds Arménien Hayastan est alors entré dans le projet en réunissant de son côté plus d’un million d’euros auprès d’entreprises arméniennes, principalement des banques, qui sont convaincues de l’importance économique de l’ouvrage. Elles ont assuré ainsi le financement de la rénovation du tronçon allant du km 0 au km 10,9.

À 2 300 m d’altitude, un an = six mois

Les travaux se déroulent à un rythme soutenu pour profiter au maximum de l’étroite fenêtre d’opportunité que le climat permet à cette altitude (2 300 mètres). En effet, on ne peut travailler qu’entre la fonte des neiges (à la mi-printemps, au mieux) et l’arrivée des premiers flocons (fin octobre généralement), soit environ six mois. Nos équipes travaillent en trois endroits différents, en simultané, pour aller vite. Si la météo n’oppose pas de contretemps, la première moitié de la rénovation, soit du km 0 au km 18,7 sera donc achevée avant l’arrivée de l’hiver prochain.

Au printemps 2027, le Comité de l’eau d’Arménie prendra le relais. En effet, cet organisme d’État va assumer les travaux de la deuxième moitié du chantier, qui va du km 18,7 au km 36,4. Entre-temps, le Fonds Arménien a fourni au Comité de l’eau toutes les études techniques nécessaires, que nous avions menées en amont ; les travaux peuvent donc démarrer dès le dégel et, si le climat le permet, s’achever à l’automne 2027 ou au plus tard en 2028. Nous devons, quant à nous, dès le printemps prochain entreprendre la construction du réseau de canalisations qui va permettre à l’eau d’atteindre la parcelle de terre la plus éloignée et en permettre l’irrigation.

Vu de France, on a du mal à l’imaginer, mais ce canal est perçu comme un signal positif extrêmement fort de la part de la population du Syunik. Ainsi, beaucoup d’agriculteurs s’y préparaient déjà quand j’ai visité le chantier en mai 2026, soit bien avant la fin prévue des travaux ! Ils ont hâte de remettre en culture leurs terres. Merci donc à tous les donateurs et donatrices du Phonéthon et du programme « L’Arménie, tous les mois » grâce auxquels ce magnifique projet a vu le jour et sera, bientôt, achevé !

Bédros Terzian

En chiffres

2026, une année de distributions intensives

Des villageoises reçoivent des bottes de semis de légumes lors de la distribution dans le bâtiment communal d’Angeghakot
Après quelques minutes d’attente, les bénéficiaires d’Angeghakot reçoivent leurs semis. © Olivier Merlet

Le programme de distribution d’arbres fruitiers s’est également poursuivi ce printemps avec près de 45 000 arbres de différentes essences (noyers, poiriers, pruniers, pommiers, pêchers, cerisiers, amandiers) à destination des familles de 27 villages du Tavush. 58 000 autres plants d’arbres ont été distribués dans 80 villages du Syunik, dont une partie en cofinancement.

Plants de légumes distribués en 2026
SyunikTavush
Bénéficiaires8 7367 130
Villages11826
Plants de légumes2 100 0001 531 000
dont tomates783 400603 000
dont piments verts527 800415 500
dont poivrons doux548 700468 500
dont aubergines240 10044 000

Avec 228 plants de légumes reçus en moyenne par chaque famille, ce sont environ 6 mois de consommation alimentaire assurés en produits frais et en conserves pour l’hiver.

Armenak Markosyan, souriant, tient une botte de semis de légumes dans le bâtiment communal d’Angeghakot
Armenak Markosyan, Gyughapet du village d’Angeghakot et organisateur de la distribution dans le bâtiment communal. © Olivier Merlet
Deux hommes d’HimnaTavush sortent des cartons de semis d’une camionnette avec le chef du village de Mutsk
Gor Tovmasyan (à gauche) et Levon Simonyan (à droite) d’HimnaTavush avec au centre Drasmat Navasardyan, Gyughapet du village de Mutsk. © Olivier Merlet

Témoignage

Lionel Balian : témoignage d’un bénévole du Phonéthon

Lionel Balian, veste bleue, debout dans un champ d’asperges à Kornidzor, des femmes récoltant à l’arrière-plan
Avril 2026, en visite à Kornidzor. © Marie Penin
Lionel Balian, casque sur les oreilles, à un poste d’appel du Phonéthon, devant un écran montrant d’autres bénévoles
Novembre 2025, bénévole au Phonéthon. © Raffi Hagopian

Lionel Balian est bénévole au Phonéthon du Fonds Arménien de France depuis plus de dix ans. Fidèle lecteur du Courrier, ce Clamartois d’origine (92), a profité d’un voyage personnel en Arménie pour aller constater, sur le terrain, les actions qu’il soutient. « Il y avait chez moi une forte envie de venir à la frontière avec le Karabagh », raconte-t-il. Il contacte alors David Alexandrian, responsable opérationnel du Fonds dans le Syunik, qui lui propose de l’accompagner deux jours sur le terrain.

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Première étape à Karahunj, près de Goris dans le Syunik, chez Srbuhi Grigoryan, originaire d’Artsakh, qui vit avec ses deux enfants et sa mère. Lionel est frappé par sa détermination : elle dirige un élevage de volailles grâce à un incubateur fourni par le Fonds. « Ce qui m’a surpris, c’est le contraste entre des maisons très anciennes et du matériel agricole récent », note-t-il. Un peu plus loin, à Kornidzor, il découvre une autre famille de réfugiés dont la maison a été entièrement rénovée par le Fonds. « On a été accueillis royalement. Ces gens ont un caractère extraordinaire. S’ils ont des problèmes, ils ne nous le montrent pas », confie-t-il.

Dans le même village, David conduit Lionel sur les lieux de production d’asperges, portée par quatre familles organisées en coopérative. Sur le terrain, il observe les femmes récolter les premières pousses. « C’est terrible de voir les positions de travail qu’elles ont. Mais elles le font avec le sourire », s’étonne Lionel.

« Je participe au Phonéthon tous les ans et je suis les actions du Fonds, mais voir sur le terrain, c’était un besoin personnel », résume Lionel. En deux jours, il a mesuré l’ampleur du travail accompli, et sait qu’il reste encore beaucoup à découvrir dans d’autres régions. « Bravo à eux. Cela va m’inciter à faire encore plus pour le Fonds. »

Marie Penin

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