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Les Actus

Pour que les enfants
croquent la vie à pleines dents !

[12/01/2023] – Propos recueillis par Achod Papasian

Depuis bientôt dix ans, les dentistes bénévoles de l’Union Médicale Arménienne de France (UMAF) se rendent chaque été à Tsaghkadzor pour soigner les enfants de la colonie de vacances « Notre-Dame d’Arménie » de Sœur Aroussiag*. Rencontre avec les docteurs Chabouh Kibarian et Anahit Vardanyan, deux chirurgiens-dentistes volontaires qui travaillent main dans la main pour permettre à la jeunesse de croquer de nouveau la vie à pleines dents.

A quand remonte la collaboration entre l’UMAF-Paris et la colonie de vacances « Notre-Dame d’Arménie » ?
Dr Chabouh Kibarian : Tout a commencé en 2013, lorsque l’UMAF a conclu un accord avec Soeur Aroussiag par le biais du Dr Mosditchian afin de faire venir des dentistes de France dans le centre à Tsaghkadzor. La colonie de vacances accueille environ 1 000 enfants tout au long de l’été, par sessions de 15 jours. Ils sont pour la plupart issus de milieux défavorisés, souvent des orphelinats ou des villages frontaliers. En plus des cours d’instruction religieuse, ils peuvent choisir différentes activités comme l’informatique, les arts graphiques, les cours d’anglais ou de français, etc. De la mi-juin à la fin août, une douzaine de dentistes de l’UMAF se succèdent et prennent en charge environ 800 personnes (enfants et quelques adultes handicapés). Étant donné que je suis retraité, nous – ma femme Hopy et moi – avons chaque année pu consacrer un mois complet à cette mission.

Comment procédez vous pour le soin des enfants ?
C.K. : Pour commencer, nous les faisons venir par groupes de cinq et nous leur expliquons, sur des modèles, quelles dents nous allons soigner et comment ça va se passer.

On leur explique aussi qu’on vient travailler gratuitement, comme volontaires, et que cela permet à leurs parents d’économiser de l’argent. Généralement, on arrive à les convaincre. Les enfants qui viennent nous voir ont entre quatre et quatorze ans, mais nous donnons la priorité aux plus grands, parce qu’ils sont déjà en denture définitive. Très souvent, on a affaire à des dentitions dans un état catastrophique. Et comme nous n’avons – au mieux – qu’une quinzaine de jours, il faut travailler le plus efficacement possible, en faisant l’impasse sur les travaux de prothèse. Ça fait des journées relativement longues, parfois même jusqu’après le dîner !

Les enfants sont-ils réticents à venir vous voir ?
C.K. :
La plupart ont peur, soit parce qu’ils ont eu des mauvaises expériences, soit parce qu’ils ont « entendu dire que ». Il faut donc absolument gagner leur confiance et faire preuve de psychologie. Mais notre méthode est rodée, car cela fait quand même plus de cinq ans que nous venons. Nous sommes aussi là pour leur donner de l’affection : il n’est pas question de leur dire « Ouvre la bouche ! » et que ça s’arrête là. Pendant les consultations, nous laissons la porte ouverte pour qu’ils puissent entrer et voir comment nous travaillons. Sur place, nous faisons partie intégrante de la vie du centre.
Nous mangeons dans le grand réfectoire avec les enfants et le personnel, dans une joyeuse cacophonie. Il n’est pas question d’aller manger ailleurs. De toute façon, on n’a pas le temps : on n’est pas là pour faire du tourisme !

Pouvez-vous nous dire un mot sur votre collaboration avec le Dr Anahit Vardanyan ?
C.K. : C’est une femme qui a un fort caractère et beaucoup de qualités. Je tiens à lui rendre hommage, car elle n’épargne aucun effort pour aider les autres. Cela fait plusieurs étés que nous travaillons en tandem et tout se passe très bien. Heureusement qu’elle est là pour m’aider à comprendre le dialecte de certains enfants !

Avez-vous d’autres engagements médicaux en Arménie ?
C.K. : Il y a quelques années, j’ai participé – avec l’aide de feu le Dr Viken Sarkissian et du Dr Georges Aboulian – au montage du cabinet dentaire mobile de l’UMAF. Il s’agit d’un camion entièrement équipé qui se rend dans les villages pour soigner gratuitement les personnes qui n’ont pas accès aux soins dentaires. Généralement, il reste un mois ou deux dans le même village, à côté de l’école ou de la mairie.
Le salaire du praticien et tous les frais de matériel sont financés par l’UMAF Paris.

Comment avez-vous été amenée à faire du bénévolat au camp de Soeur Aroussiag ?
Dr Anahit Vardanyan :
Quand j’étais petite, je fréquentais déjà le « complexe éducatif » – comme il s’appelait à l’époque – des Sœurs arméniennes de Gumri. Comme ma mère travaillait à trois endroits différents, mon frère et moi passions la journée au centre, où nous pouvions participer à différentes activités. Des années plus tard, j’ai commencé à travailler comme bénévole, d’abord comme animatrice avec les enfants, puis comme médecin généraliste.
Une fois mon diplôme de dentiste en poche, nous avons décidé de transformer le cabinet médical en cabinet dentaire afin de soigner les enfants de la colonie de vacances. A partir de 2013, nous avons été rejoints par les dentistes français et arméniens envoyés par l’UMAF. La plupart ne parlaient pas arménien et pas très bien anglais, et nous avions un peu de mal à communiquer. Mais quand Chabouh et Hopy sont arrivés, nous nous sommes tout de suite liés d’amitié et nous formons depuis une équipe solide.

Quel type d’interventions pratiquez-vous ?
A.V. :
Nous faisons surtout des plombages et différents petits soins, mais très peu de chirurgie. La seule grosse opération que nous faisons c’est l’extraction de dents, mais seulement si l’on ne peut vraiment plus sauver la dent en question.

Les enfants de la colonie viennent de familles très pauvres et leur dentition est souvent en mauvais état. Les enfants reviennent rarement au centre d’une année sur l’autre, mais quand il nous arrive de les croiser deux ou trois ans après, nous sommes heureux de constater que les dents que nous avons soignées sont toujours en bon état.

Auriez-vous une anecdote originale sur votre relation avec les enfants ?
A.V. :
Une fois, une fille de treize ans est venue se faire soigner, mais dès que j’ai commencé à l’examiner, elle s’est mise à pleurer. Quand je lui ai demandé pourquoi, elle ne m’a pas répondu. Je lui ai proposé de revenir quand elle se sentirait prête. Le lendemain, elle a accompagné son amie, que j’ai soignée sans problème. Et le jour d’après, elle est revenue toute seule et j’ai pu soigner presque toutes ses dents.
Mais à la fin, elle s’est remise à pleurer ! Et à partir de là, jusqu’à la fin de son séjour, elle est devenue notre « assistante » : elle accompagnait les enfants et nous aidait sur des tâches simples et sans danger pour l’hygiène. Il faut laisser le temps aux enfants de s’habituer. La plupart d’entre eux viennent de villages reculés et ne sont jamais allés chez le dentiste, ou bien ont eu si peur qu’ils ne se veulent plus y retourner. Heureusement, il n’y a que très peu d’enfants qui ne sont jamais venus nous voir.

Parlez-nous de votre collaboration avec le Dr Chabouh Kibarian …
A.V. :
Au fil des ans, nous sommes devenus des amis très proches. Grâce à lui, j’ai appris beaucoup de choses, que j’aurais sûrement apprises sur le tas, mais en rencontrant plus de difficultés.
Contrairement à beaucoup de médecins arméniens qui rechignent à partager leurs connaissances, Chabouh n’hésite pas une seconde à me montrer ce qu’il a appris au cours de ces années d’exercice. Sa femme Hopy nous aide aussi beaucoup pour « apprivoiser » les enfants. Même si nous ne nous voyons qu’une fois par an, nous sommes comme une famille. Chaque année, j’attends impatiemment que vienne l’été pour que nous allions travailler ensemble !

*Surnommée la « mère Teresa » de l’Arménie, sœur Aroussiag est l’actuelle Supérieure de la Congrégation des Sœurs arméniennes de l’Immaculée-Conception. Née en Syrie en 1945, elle s’est installée en Arménie après le tremblement de terre et a fondé sur place de multiples institutions, dont la colonie de vacances « Notre-Dame d’Arménie » qui accueille plus de 800 enfants chaque été depuis 1994.

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