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Les Actus

Quel développement agricole pour le Tavush ?

[29/25/2020] – Fonds Arménien de France

Anaïs L’Hôte et Hugo Puech, étudiants à l’AgroParisTech – l’école d’ingénieurs agronomes de Paris – ont effectué un stage de fin d’études l’été dernier à la ferme bovine de Lussadzor, dans le Tavush. Bilan d’un séjour riche et fécond.

D’après vous, quelles ont été les principales incidences de la privatisation des sovkhozes sur l’agriculture arménienne ?

La privatisation des sovkhozes a entraîné un fort morcellement du foncier qui s’est retrouvé divisé en lots de très petites tailles. Or, avec une surface moyenne de 1,5 ha regroupant 3 ou 4 parcelles dispersées, il est très difficile pour les gens de mettre les terres en culture, vendre un surplus et donc d’avoir assez d’argent pour réaliser des investissements (achat de matériel, de terres, de cheptel). De ce fait, l’agriculture est devenue vivrière.

De plus, hormis les terres, le cheptel et les tracteurs ont été répartis de manière très inégalitaire et pour cette raison certains ont pu dès le départ, avoir des troupeaux relativement importants, tandis que d’autres n’avaient pas d’animaux du tout.

Quels sont les principaux facteurs qui limitent le développement de l’agriculture dans le Tavush ?

Il y a d’abord l’incapacité à utiliser les alpages (d’où une ressource fourragère trop faible pour les animaux dans la vallée et une production de lait moins importante), le coût élevé de l’eau pour irriguer, le manque d’équipement qui oblige certaines personnes à réaliser une partie des travaux à la main ou à les effectuer au mauvais stade de croissance, et le manque de débouchés commerciaux.

Quels investissements vous semblent prioritaires en termes d’infrastructures ?

En termes d’infrastructures les investissements prioritaires résident dans l’irrigation, à savoir le remplacement des vieilles pompes très consommatrices en énergie ainsi que l’installation de tuyaux pour acheminer l’eau jusqu’aux parcelles et éviter ainsi les déperditions, tout en diminuant la facture d’eau. Si certaines terres étaient mieux irriguées, il serait possible d’y cultiver des produits à forte valeur ajoutée. L’aide au financement de petit matériel dans des coopératives (existantes, telle que celle du village de Ditavan, ou à créer) permettrait d’alléger le travail et la mise en culture de certaines terres.

Doit-on à votre avis procéder à l’agrandissement des exploitations agricoles de taille moyenne?

Il nous semble en effet difficile d’investir dans l’agriculture avec le revenu dégagé sur une surface de 1,5 ha. Un remembrement afin d’éviter que la surface en propriété soit divisée en plusieurs parcelles serait une première étape. Il est très difficile de dégager une grande valeur ajoutée sur des terres de petites surfaces et distantes de plusieurs kilomètres. Ensuite, sécuriser le fermage (les baux auprès de particuliers ne sont que d’un an et parfois non renouvelés) en assurant à la personne utilisant la terre que le bail durera au moins quelques années : cela l’inciterait à investir.

Comment jugez-vous les résultats de la politique du Fonds Arménien dans le Tavush ?

Les projets menés par le FAF – la distribution de pieds d’arbres fruitiers, la rénovation de la route des alpages et la rénovation du canal d’irrigation – ont tous eu un impact très positif. Les terres en-dessous du canal sont toutes exploitées et irriguées, la route des alpages est très empruntée par les personnes effectuant la transhumance. Enfin, les pieds d’arbres fruitiers permettent un revenu non négligeable sur les lopins car bien souvent les fruits en question peuvent être échangés contre des pommes de terre par exemple.