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Les Actus

Cinéma et transmission

[15/06/2020] – Fonds Arménien de France

Julie Manoukian est une scénariste et réalisatrice au talent prometteur qui réalise son premier long métrage, les Vétos, sorti le 1er janvier et qui  fait un tabac dans l’Hexagone avec 600 000 entrées. Rencontre.

Comment est né ce film ? Qu’est-ce qui vous a touché le plus dans la profession de vétérinaire à la campagne ?

Il y a trois ans le producteur Yves Marmion, avec qui je travaillais comme scénariste, m’avait fait part de son envie de raconter une histoire sur un véto à la campagne. Il avait le sentiment  qu’il y avait une belle histoire humaine à raconter. Ne connaissant rien à ce propos, j’avais été prise un peu par surprise. Mon idée de départ était de raconter une histoire de soignants, mais j’ai été très vite convaincue : ce sont des vies extraordinaires ; dans la même journée ils ont l’occasion de sauver une vie, de donner la mort, de procéder à un accouchement. J’ai pris conscience d’une chose qui m’était étrangère : à quel point en soignant une vie animale, on répare les humains.

René Kazandjian est un vétérinaire qui accompagne depuis des années le Fonds Arménien dans le projet agropastoral du Tavush. Son rôle est central. Toutefois il semblerait que la profession  n’est pas assez valorisée… Qu’en pensez-vous ? 

Je suis tout à fait d’accord. Comme tous les soignants, ils ont de plus en plus de mal à exercer leur métier. On n’en parle pas assez, les vétérinaires subissent un grand nombre de difficultés simultanées (économiques, mais aussi d’image et de représentation). On a la chance en France d’avoir un système de santé gratuit, mais les vétos souffrent du fait que les soins ne soient pas remboursés. Comme on n’a pas l’habitude de « mettre un prix sur la santé », beaucoup ont cette impression « de se faire voler » par leur véto ce qui est faux. Les vétos n’y sont pour rien ! Les vétos ont une vie trépidante, ils ont affaire à des propriétaires d’animaux de compagnie ou des éleveurs dont les animaux sont leur unique moyen de subsistance. Ils ont des horaires de travail impossibles. Quand ils doivent s’implanter quelque part, ils doivent consentir de gros investissements. N’oublions pas que la grippe espagnole, l’épidémie H1N1, le coronavirus… ont tous une origine animale. Nous avons besoin des vétérinaires pour prévenir ces types d’épidémies. Et nous n’en avons pas assez conscience. 

Qu’est-ce que votre père André et vos grands-parents paternels vous ont  transmis en dehors des aspects extérieurs de la culture arménienne ?

Mon rapport à l’Arménie est passé essentiellement à travers eux. Aujourd’hui c’est un peu différend puisque André parle davantage de ses origines. Il en parlait beaucoup moins quand j’étais enfant. Mes grands-parents parlaient arménien quand ils avaient quelque chose à me cacher, langue que je ne parle pas et que je trouve très belle. Ma grand-mère était née en France, ses parents avaient fui la Turquie juste avant le génocide. Tandis que mon grand-père Arthur était né à Smyrne quelques années avant l’incendie de cette ville, après que ses parents aient perdu tous leurs proches. C’était un survivant, et pendant longtemps il n’a pas voulu parler. Passé 80 ans, il est tombé gravement malade et a été dans le coma. Beaucoup de choses enfouies sont remontées à la surface. Il avait ressenti le besoin de parler en se réveillant. Il a revécu plein d’événements traumatisants dont l’incendie de Smyrne. C’était bouleversant de voir à quel point il était pris physiquement dans ce récit dont il était toujours prisonnier, cette souffrance qu’il gardait en lui. Les émotions de son enfance lui revenaient en plein visage. Cet homme était né dans un camp de la Croix rouge, ses parents avaient vécu des choses incroyables jusqu’à leur arrivée en France où ils ont prospéré aux prix de lourdes épreuves. Je trouvais infiniment triste qu’au soir de sa vie, mon grand-père soit rattrapé par la douleur de la petite enfance.

Mes grands-parents m’ont transmis le meilleur de la culture arménienne à savoir le sens de la famille, dans le bon sens du terme. C’est un trésor immatériel. J’ai 37 ans et je commence à vouloir aller en Turquie sur les traces de mes anciens, mais le contexte n’est pas favorable. J’irai dans un premier temps en Arménie. J’espère pouvoir mener à bien un projet d’écriture sur la transmission, les racines. Il faudrait que je m’y colle ! Quant à mon père, je lui dois notamment de m’avoir transmis sa passion du cinéma.

Au cœur du Morvan, Nico, dernier véto du coin, se démène pour sauver ses patients, sa clinique, et sa famille. Quand Michel, son associé et mentor, lui annonce son départ à la retraite, Nico sait que le plus dur est à venir. « T’en fais pas, j’ai trouvé la relève. » Sauf que… La relève c’est Alexandra, diplômée depuis 24 heures, brillante, misanthrope, et pas du tout d’accord pour revenir s’enterrer dans le village de son enfance. Nico parviendra-t-il à la faire rester ?  A voir sans modération !