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Les Actus

CENTRE DE LA FRANCOPHONIE
PAUL ELUARD DE STEPANAKERT:
Pour un partage de valeurs !

[26/01/2022] – Gérard Guerguerian

Le Centre de la Francophonie Paul Eluard a été officiellement inauguré le 14 septembre à Stepanakert, en présence d’une forte délégation française.
Dans un pays meurtri, une entreprise pareille nécessite de la volonté et une vision de long terme, que les vicissitudes politiques régionales ne doivent pas perturber.

Comme pour toute démarche, un projet ne peut voir le jour que par la volonté d’une poignée d’hommes.
Ce fut le cas du Centre de la Francophonie Paul Eluard de Stépanakert, en Artsakh. En tout premier lieu, la volonté de celui qui se dénomme le plus Artsakhiote des Artsakhtsis, François Rochebloine (ancien député, président de l’Association Francophonie en Artsakh), qui a travaillé étroitement avec les autorités locales pour l’ouverture d’un centre qui tranche avec les institutions locales, et qui s’ouvre à une culture traditionnellement étrangère à ces contrées du Caucase profond.

Aidé par l’obstination de Hovannès Guévorkian, représentant de l’Artsakh en France, il n’en fallait pas plus pour boucler le financement, pierre angulaire de la réalisation de tout projet. Plusieurs mairies de France ont subventionné, le Fonds Arménien de France (initiateur du projet – NDLR) y a contribué par deux legs (Marie Khedechian et Gérard Hantchérian), ainsi que le gouvernement de l’Artsakh.
Le fonds Vahé Fattal, du nom de l’artiste concepteur du drapeau de l’Artsakh, est arrivé opportunément à boucler le budget qu’il était impossible d’imaginer dans une situation post-conflit, tant la guerre d’automne 2020 a bouleversé la donne.
Comment se fait-il qu’ils se soient tous autant intéressés à l’Artsakh pour investir dans ces confins d’Europe dont l’intérêt économique est bien maigre ? si l’on devait évoquer la beauté des paysages, les montagnes sont certes impressionnantes, mais nous le savons la beauté de ces montagnes a des concurrents ailleurs, le Morvan, la Savoie en France sont aussi beaux, voire plus, la Toscane n’en parlons pas, et j’en passe et des meilleurs.

J’ai longtemps cherché à comprendre la signification d’un « attachement à la terre » que d’aucuns répètent comme un leitmotiv d’une résistance séculaire ; cette obstination à s’accrocher à une terre. J’ai fini par comprendre ! En fait, le mot « terre » a moins d’importance dans la phrase. C’est le mot « attachement » qu’il faut retenir surtout. Attachement à ses ancêtres, ses aïeux, et sa terre bien sûr… C’est le reflet d’un caractère en lien avec une filiation. Cette obstination crée un ressenti singulier avec la population. Des hommes et des femmes de caractère, qui résistent depuis des siècles dans un environnement hostile et dont la dernière guerre n’est qu’un épisode parmi tant d’autres, un État non reconnu à la tranchée des fractures, culturelles, religieuses, politiques, de la civilisation européenne : il faut faire ce long voyage pour ressentir ce souffle humain, rencontrer de belles intelligences, des regards qui s’obstinent à vous convaincre que l’on n’a pas besoin de chercher trop loin le lieu d’accueil idéal.

Que ferons-nous de ce centre ?
Une stratégie n’est pas compliquée à définir ; certains perdent leur temps dans l’analyse compliquée, d’autres élaborent des plans d’action dans tous les sens, confondant stratégie et tactique. Pour reprendre la leçon de Confucius, la stratégie à définir est celle qui s’oppose à celle de l’adversaire ; l’adversaire veut que nous partions, il faut rester ; il veut nous démunir, nous devons construire ; il veut nous rendre muet, nous devons parler ; il veut nous faire peur, nous devons résister !
La dernière en date des guerres a traumatisé la population par une défaite cinglante. Il fallait donc redonner un espoir à la population. La continuité de projets de vie.

Ce centre ne sera pas un lieu politique ! ni un centre d’influence culturelle ! Ce ne sera pas non plus un centre vide, anodin, un de ces espaces culturels parmi d’autres qui ne marquent pas les esprits. Nous entendons en faire un lieu de mouvement en continu, d’échanges, ouvert à tous, à toutes les cultures, pour renforcer des valeurs, de solidarité culturelle, de projets qui vont au-delà de ses frontières naturelles. Le lien francophone sera le vecteur central, avec l’apprentissage de la langue pour permettre de telles passerelles qu’il s’agisse des transferts de savoir-faire, de la découverte de la modernité technologique, ou tout simplement la connaissance d’un art de vivre et de convivialité.

L’équipe du centre a pour obligation d’organiser au moins trois évènements culturels par semaine et de manière constante. Des projets sont en cours : nous avons démarré en juillet (deux mois avant l’inauguration officielle) avec une exposition permanente, des ateliers de dessin, de mode, des travaux manuels etc.. Le musée de Shoushi, qui ne dispose plus de locaux, va présenter prochainement ses œuvres permanentes dans notre grand Hall, organiser une exposition de peintres locaux, ouvrir un atelier de graphisme et d’initiation à la peinture deux fois par semaine. La responsable de notre boulangerie fera un stage en France en janvier prochain.
Deux médecins partiront pour des stages de formation en France. On a bon espoir d’ouvrir un espace de co-working prochainement.
Enfin, last but not the least, Phoenix, école de formation aux arts visuels et aux sciences numériques, a ouvert au sous-sol et accueille déjà des étudiants.
L’OEuvre d’Orient, qui gère un grand nombre d’institutions éducatives en Orient, va nous envoyer des bénévoles, en résidence longue, pour mettre en place une médiathèque aussi efficace que possible, relever le niveau pédagogique de l’enseignement du français. L’école Phoenix pour les arts visuels et le développement du numérique ambitionne déjà de se développer dans d’autres régions d’Artsakh.
Un projet voit le jour autour d’une vision, une ambition de le concrétiser et le courage pour le réaliser. Cette partie a vu le jour. Il reste désormais à transformer l’essai par une animation pérenne et permanente. La difficulté est immense par suite de la guerre. Les ressourceshumaines, déjà rares, sont amenuisées. L’avenir reste incertain. Mais la difficulté se surmonte par la volonté, la richesse réside dans le partage. Dans un trait d’union entre des hommes et des femmes de caractère et le monde francophone qui reste encore curieux et ouvert sur les autres et qui a su mener la connaissance et la culture au niveau avancé qu’on lui connaît.

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