BP 12 - 75660 Paris Cedex 14

Les Actus

AIDE MÉDICALE AUX BLESSÉS DE GUERRE
Deux chirurgiens témoignent

[21/05/2021] – Propos recueillis par Astrid Avédissian

Les chirurgiens orthopédistes Aram Gazarian (France) et Garen Koloyan (Arménie) se sont rencontrés en 1989, après le dévastateur séisme survenu en 1988 dans la région de Spitak, en Arménie. Depuis, ils mènent ensemble de nombreux projets médicaux et culturels. Ils se sont mobilisés dès le début de la guerre en Artsakh pour soigner les blessés, à Erevan.

Dr. Aram Gazarian

Chirurgien orthopédiste spécialisé dans la main, à Lyon, le Dr. Aram Gazarian est aussi vice-président de l’Union internationale des organisations Terre et Culture.

Dr. Aram Gazarian, vous connaissez bien le milieu médical arménien ?
Aram Gazarian : En effet, depuis plus de trente ans, j’interviens régulièrement en tant que chirurgien orthopédiste en Arménie où j’ai tissé de nombreux liens non seulement professionnels mais aussi amicaux, notamment avec le Dr. Garen Koloyan de la clinique Wigmore.

En quoi ont consisté les trois dernières missions que vous avez menées à Erevan ?
A.G. : J’ai fait de la chirurgie reconstructrice des membres au sein de trois structures. La clinique Wigmore, essentiellement orientée vers l’orthopédie pédiatrique, s’est mise au service des soldats à 100%. C’était notre port d’attache. Je suis aussi intervenu à l’hôpital universitaire n°1 (dans le service du microchirurgien et plasticien Artavazd Sahakyan) et au Centre Erebouni (dans le service du professeur Armen Hovhannisyan). C’était de la post-urgence. Les soldats, essentiellement blessés par éclats de bombes à sous-munitions, avaient au préalable été conditionnés avec un  traitement minimum à proximité du front.

Quels ont été vos partenaires financiers ?…
A.G. : L’Union Médicale Arménienne de France (UMAF) a participé au financement des trois missions et les Hospices Civils de Lyon à celui de la troisième.

… et vos collaborateurs professionnels ?
A.G. : Lors de la première mission, du 5 au 16 octobre, je suis parti seul. J’ai aidé à faire face au flux de blessés, dont le nombre n’a cessé d’augmenter jusqu’à la fin du conflit. Du 7 au 17 novembre 2020, se sont joints à moi pour la deuxième mission quatre chirurgiens et amis : Alain Tchurukdichian, chirurgien de la main à Dijon, deux chefs de clinique du service que je dirige aux Hospices Civils de Lyon (Arnaud Walch et Victor Rutka), ainsi que Sophie Brosset, chirurgienne plasticienne spécialisée dans le traitement de la brûlure. La troisième mission s’est déroulée du 2 au 9 janvier. Le gouvernement français avait fait appel aux CHU de Lyon, Paris et Marseille pour réaliser des missions de soutien humanitaire et de développements médicaux. Le CHU de Lyon m’a ainsi demandé d’organiser une telle mission.
Il s’agissait pour nous de passer progressivement de l’assistance humanitaire à un programme de développement, avec une ambition de collaboration destinée à améliorer certains aspects des prises en charge médicales en Arménie. J’avais identifié des axes à améliorer : le traitement des infections osseuses, celui de la douleur, l’évaluation des lésions des nerfs et la rééducation. J’ai été accompagné par l’infectiologue Tristan Ferry, l’anesthésiste et algologue Mikhail Dziadzko, le radiologue échographiste Olivier Fantino, le neurologue Guy Chauplannaz, le kinésithérapeute de la main Philippe Pernot et les chirurgiens Thaïs Galissard et Alain Tchurukdichian. Nous avons évalué des patients dans les trois centres et mis en relation les spécialistes français et arméniens.
A la clinique Wigmore, nous avons réparé des lésions, des pertes de substance des tissus (os, nerfs, vaisseaux, peau), en effectuant des gestes de reconstruction par sutures, greffes ou lambeaux.

Quel bilan tirez-vous de ces trois missions ?
A.G. : Au cours de ces trois missions, nous avons examiné une soixantaine de patients et en avons opéré une trentaine. La plupart des blessés porteront des séquelles tout au long de leur vie, quand bien même les traitements de chirurgie ou de rééducation auront abouti.
Nous avons travaillé avec du personnel compétent.
Nous ne sommes pas allés en Arménie en impérialistes, mais dans un esprit de partage et d’échange, qui repose sur l’observation de la situation et la disposition à répondre à une demande dont la formulation est essentielle.
Nous avons apporté des stratégies, des méthodes, des réflexions et des connaissances nouvelles. Nous avons aussi créé à l’intérieur de notre équipe et en collaboration avec nos hôtes, un fonctionnement : l’interdisciplinarité.
Nous voyions et analysions les patients ensemble, de façon extemporanée, ce que nous faisons rarement en France. C’est extrêmement efficient. Ce mode de fonctionnement, l’analyse interdisciplinaire croisée et partagée au lit Le Dr. Garen Koloyan (à gauche) et le Dr. Aram Gazarian (à droite).
Dr. Aram Gazarian Chirurgien orthopédiste spécialisé dans la main, à Lyon, le Dr. Aram Gazarian est aussi vice-président de l’Union internationale des organisations Terre et Culture.
Dr. Tristan Ferry même du patient, mérite d’être développé dans nos pratiques de retour en France.

Quels projets menez-vous avec les organisations Terre et Culture ?
A.G. : L’organisation Terre et Culture valorise le patrimoine arménien, grâce à des programmes de restauration et de soutien à la population sur les territoires de l’Arménie historique, depuis 1976. Elle souhaite répondre aux besoins conjoncturels en Arménie en ajoutant à ses programmes patrimoniaux en cours, des campagnes de travail corrélées à des programmes à caractère social et éducatif. Après avoir effectué une mission d’exploration en Arménie fin décembre, Terre et Culture élabore des programmes de soutien au logement des populations déplacées (dont certains pourraient être réalisés en collaboration avec le Fonds Arménien de France), dans le Syunik et le village d’Aravus, identifié par cinq membres de l’organisation. La ministre des Affaires sociales et du logement du Haut-Karabagh doit nous proposer des interventions dans les communes limitrophes de Stepanakert pour favoriser les souhaits de retour des Artsakhiotes.
Nous prévoyons aussi des programmes éducatifs, destinés aux enfants affectés par la guerre.

Allez-vous bientôt retourner en Arménie ?
A.G. : Nous effectuerons une quatrième mission, la seconde sous l’égide des Hospices Civils de Lyon, du 20 au 29 mars. Tous les membres de l’équipe précédente souhaitent y retourner et il y aura probablement de nouveaux praticiens, pour accroître le développement, en particulier dans le domaine infectieux, avec la microbiologie, et l’apport de nouvelles techniques d’imagerie. Une cinquième mission est prévue mi-mai à l’occasion d’un colloque franco-arménien de développement médical en Arménie.

Dr. Garen Koloyan

Chirurgien orthopédiste à la clinique Wigmore à Erevan, le Dr. Garen Koloyan est cofondateur  de l’ONG Renaissance of Children.

Dr. Garen Koloyan, comment avez-vous travaillé auprès des blessés de guerre ?
Garen Koloyan : La clinique Wigmore d’Erevan, où j’exerce en tant que chirurgien orthopédiste pédiatrique, a cessé ses activités principales dès le premier jour de la guerre pour soigner les soldats blessés. Nous avons pratiqué plus de 300 opérations et soigné plus de 150 soldats. La plupart des patients présentaient des blessures graves avec des pertes d’os et de tissus, ainsi que des lésions de nerfs et de vaisseaux. J’avais travaillé à Stepanakert pendant la première guerre d’Artsakh. J’avais déjà une expérience dans le traitement des blessés de guerre.

Comment s’est déroulée votre collaboration avec le Dr. Aram Gazarian et ses confrères ?
G.K. : Le docteur Aram Gazarian et ses collègues français nous ont aidés à soigner les patients et ont également formé des médecins, notamment à la gestion de la douleur, au diagnostic par échographie des nerfs ou à l’électromyographie, y compris dans d’autres hôpitaux d’Erevan. Des chirurgiens américains (les docteurs Hrayr Basmajian, Armen Martirosian, Anna Kulidjian) et de nombreux bénévoles nous ont également aidés à prendre en charge les blessés. Nous prévoyons d’établir une coopération à long terme avec les médecins lyonnais.

Qu’en est-il de la rééducation des blessés ?
G.K. : Depuis le tremblement de terre de 1988, nous avons développé la rééducation pédiatrique avec succès. Nous comptons de nombreux médecins et orthopédistes bien formés, mais nous ne possédons pas de service adapté pour les adultes. De nombreuses organisations en Arménie et dans la diaspora essaient de créer des centres de rééducation et des laboratoires prothétiques, mais le pays n’a pas besoin d’en avoir plusieurs. Il faudrait que toutes ces organisations unissent leurs efforts pour soutenir un unique centre de rééducation, un unique laboratoire de prothèse et la formation de personnel, afin de fonctionner efficacement dans la durée et d’aider non seulement les soldats, mais aussi les civils.

Quels projets menez-vous avec l’ONG Renaissance of Children, que vous avez cofondée ?
G.K. : Après le tremblement de terre, j’ai travaillé avec de nombreuses communautés arméniennes de la diaspora afin d’obtenir des soutiens pour divers projets. J’ai fondé l’ONG Renaissance of Children avec la communauté arménienne de Chicago, aux États-Unis, pour soigner les enfants handicapés en Arménie. Elle est présidée par le Dr John Wilhelm, qui n’est pas arménien. L’ONG continue à fournir des équipements médicaux à notre clinique et à soutenir le traitement chirurgical et la rééducation des enfants handicapés.

Politique de confidentialité
Lorsque vous visitez notre site Web, il peut stocker des informations via votre navigateur à partir de services spécifiques, généralement sous forme de cookies. Ici, vous pouvez modifier vos préférences de confidentialité. Veuillez noter que le blocage de certains types de cookies peut avoir un impact sur votre expérience sur notre site Web et les services que nous proposons.