| Michel Drucker est le parrain du Phonéthon 2011 |
Pourquoi ai-je accepté, cette année, d’être le Parrain du Phonéthon 2011 pour venir en aide aux Arméniens d’Arménie et du Karabagh, qui ont besoin de votre aide ? Pourquoi ai-je accepté de succéder à Hélène Segara et André Manoukian ? Pour une raison que certains d’entre vous ignorent sans doute : c’est que moi aussi, comme mes prédécesseurs, je suis un Français de sang mêlé. Je viens de loin; mes parents viennent de l’Empire austro-hongrois, mon père a été naturalisé en 1937, il est venu en France dans les années trente et il rêvait d’être français. Je suis né, moi, en 1942 en Basse-Normandie, mais je n’ai jamais oublié d’où je viens et je viens d’une région proche de l’Arménie, puisque l’ex-Empire austrohongrois, d’où viennent mes parents, qui a été la Roumanie, est aujourd’hui l’Ukraine. J’irai un jour. Donc mes racines signifient pour moi quelque chose. Aussi, lorsque les organisateurs du Phonéthon m’ont demandé si j’acceptais, j’ai immédiatement pensé à mon père qui m’aurait dit de le faire, et à ma mère aussi. Lorsqu’on a un nom un peu plus connu que les autres, ça sert à ça. C’est Simone Signoret qui disait : « Lorsqu’on a un nom célèbre, il vaut mieux faire que pas faire. »
Donc si mon nom, ma notoriété peuvent aider, et si vous pouvez entendre ce message, je compte sur votre générosité pour aider à la reconstruction de l’Arménie et du Karabagh. Il y a là-bas des milliers de villageois qui ont besoin de vous, qui ont besoin qu’on les aide. Il y a une autre raison à mon parrainage : mon modèle, mon phare, ma boussole dans ce métier, c’est Charles Aznavour. Charles Aznavour est mon voisin en Provence. Je l’ai connu il y a très longtemps, il y a quarante sept ans. Il me conseille, je lui parle souvent, et il m’a souvent raconté d’où il venait. Et puis il y a eu la tragédie du tremblement de terre, il y a eu l’Arménie. Et il y a eu Henri Verneuil qui m’a appelé un jour pour venir participer à un clip après ce drame qui avait ravagé l’Arménie. Ça fait beaucoup de choses. Quand je vois Charles Aznavour, qui évoque tout ça, évidemment cela me parle, et ses paroles rejoignent ce que me disaient mes parents : le devoir de mémoire est lié à tous. Nous venons tous de cette région compliquée et nous avons tous des blessures que nous ont transmises nos parents même si elles sont moins douloureuses pour nous que pour eux. Voilà la raison de mon acceptation. Et puis il y a une troisième raison : pour la première fois de ma vie, il y a deux ou trois ans, à la demande de France Télévisions, j’ai accepté de présenter l’Eurovision. C’était à Athènes. Et le hasard a voulu qu’au cours de la retransmission, le groupe arménien et le groupe turc se suivent. Dans un élan de spontanéité - toujours le devoir de mémoire - j’ai dit, « puisque le groupe arménien va chanter et le groupe turc également, je voudrais rappeler à certains qu’il faudrait peut-être qu’un jour les Turcs reconnaissent le génocide des Arméniens », qui n’est pas un détail de l’Histoire. J’ai dit cela entre deux chansons. Je ne savais pas que mes propos provoqueraient un tel tollé. J’ai reçu évidemment des lettres d’insultes, mais j’ai reçu une majorité de lettres qui m’ont dit merci, merci de ce message. Je n’ai pas du tout mesuré qu’en touchant des millions de téléspectateurs de l’Eurovision, j’allais mettre le doigt sur un sujet ô combien douloureux. Voilà les raisons pour lesquelles j’ai accepté d’être votre parrain. J’espère que vous allez m’entendre. J’espère que tous les messages que je vous enverrai vous les retiendrez, avec les numéros de téléphone que je vous donnerai régulièrement. Soyez généreux, pensez à cette région du monde. Nous avons de la chance, globalement, nous en France. Pensons à ceux qui en ont moins.
J’espère que j’aurai été aussi efficace que l’ont été mes amis Hélène Segara et André Manoukian. Merci de votre générosité. Propos recueillis par René Dzagoyan
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